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lundi 21 février 2022

Nature morte du groupe La rumeur

  


Frantz Fanon, numa palestra em Accra, Ghana, 1958.

 

Nature morte


Qu'as-tu à me dire de positif sur la France et son passé de colon
Autant pisser dans un violon, ne pense pas émotive sur la question
En oubliant de dire merci pour l'abolition, délicate attention
J'ai dû laisser mon histoire dans le noir
À la gloire de l'homme et sa furie, de sa barbarie
Entre carnages et tueries, il n'y avait pas que l'or et le curie
Peux-tu entendre la douleur murmurer ?
Quelle espèce ne sera pas emmurée dans l'oubli ?
Jamais à l'abri, tellement de négros qu'ont déjà viré au gris
À les voir plier aux caprices d'une patrie
Qui nous a laissé tellement de cicatrices
Que veux-tu que je retienne de cette haine des chaînes
Et de tout ce qu ils ont violemment injecté dans mes gènes
Depuis le vol organisé qui s'opère sur nos terres
Où ont poussé les palaces et les pistes d'hélicoptères
On me demandera de me taire, avec pour seule critère la servitude
Héréditaire, je te jure, ils ont greffé le nègre à la misère
Du fouet du propriétaire au fusil du militaire
Qu'as tu à dire si ce n'est qu'ils savent mentir
Sur des années entières de travail pour nous anéantir
Pire encore, pour qu'on oublie les massacres
Qu'on en perde son créole et se cherche des reflets nacres
Putain de simulacre, m'évoque la triste époque
Des premiers viols et des premiers mulâtres
Le mépris n'allant pas sans, c'était le sucre au prix du sang
2 millions d'hommes embrassant la mort en passant
Qu'as-tu à dire à ces corps pris pour chair à canon
À ces damnés de la terre chers à Frantz Fanon
Des champs de coton au ghetto à fond de cale du bateau
Depuis le temps qu'on nous enfonce la même lame de couteau
Au grand regret du temps de l'île et colonies
De leur putain d'hégémonie sur mon ethnie
Garder la mainmise sur nos sols dépendance et dictature
Ce n'est pas qu'une mauvaise lecture
Mais est-ce vraiment écrit ? Pour nous enseigner l'essentiel
Pour que chaque plaie s'ouvre et vienne tâcher leur ciel
Pour nous reconstruire ou pour nous maintenir dans le chaos
Voir nous reconduire à la frontière et puis tchao

[Refrain]
C'est ma nature morte, mes douleurs fortes
Qui de Guadeloupe à Gorée se glissent sous leur porte
Nature morte et douleurs fortes
Nature morte et douleurs fortes